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 Citations Philippe Bouvard

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Corwin
Chaman
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MessageSujet: Citations Philippe Bouvard   Ven 3 Fév - 1:09

A propos des Impôts et du Fisc

Philippe Bouvard




Les impôts ont été inventés pour que tout le monde n’ait pas envie de réussir.

J’ai peur que l’Etat dépense moins bien mon argent que je ne le ferais.

Le fraudeur fiscal est un contribuable qui s’obstine à vouloir garder un peu d’argent pour son propre usage.

Le redressement fiscal est ainsi nommé par ironie pour désigner l’opération dont un particulier ou une entreprise ne se relèveront jamais.

Je me souviens de mon premier contrôle comme on se souvient de son premier amour. Dans les deux cas, on éprouve des sensations d'une acuité qu'on ne retrouvera plus jamais ensuite.

Traditionnellement l'administration fiscale convoque les contribuables dans des bureaux sordides afin de leur montrer, j'imagine, l'exemple du suprême dépouillement. Rien de plus triste au monde que les locaux d'une direction nationale, régionale ou départementale des vérifications de situations. Les lampes pendouillent lamentablement du plafond, la peinture des murs remonte au temps où Vincent Auriol trônait rue de Rivoli et vantait la bonne santé du franc douze heures avant l'annonce de la dévaluation. Le mobilier est aussi succinct que la psychologie de ceux qui s'en servent : bureaux métalliques démodés, chaises inconfortables, téléphone méprisant les ressources de l'électronique.

Il faut savoir qu'un contrôle fiscal s'appuie pour un tiers sur des chiffres, pour un tiers sur des ragots et pour un tiers sur des symboles, qu'un symbole ne correspond pas obligatoirement aux chiffres les plus importants, mais qu'il accroît l'obstination avec laquelle le préposé presse le citron. Il est par exemple infiniment plus ruineux d'entretenir un château historique entouré de mille hectares de terres que de creuser un petit bassin à des fins natatoires, mais les gens du fisc ont tendance à faire davantage une fixation sur quarante mètres carrés de piscine que sur dix mille mètres carrés de toit. De même, certaines marques d'automobile leur semblent un luxe alors qu'elles correspondent à des types de véhicule qu'on ne revend jamais à perte. Le cheval de course - même si l'on ne gagne jamais et si l'on n'en possède qu'une jambe - fait partie des clignotants qui empêchent de refermer un dossier. La chasse - même professionnelle - et le bateau - même battant pavillon libérien - constituent - avant tout examen - autant de présomptions de fraude. Moi, si - ce qu'a Dieu ne plaise - j'étais inspecteur, j'emploierais plutôt le raisonnement inverse. Je traquerais systématiquement les milliardaires qui prennent le métro ou qui roulent dans une vieille 4 CV, partant du principe que non seulement ils ont quelque chose à cacher, mais que, de plus, ils possèdent un capital dont ils refusent la redistribution.

Le conseiller fiscal qui m'accompagne désormais entretient de très bons rapports avec les agents des impôts. Il reprend parfois mon argumentation lorsqu'elle lui paraît bonne, changeant très vite de sujet quand le terrain n'est pas sûr. Il hoche la tête, il soupire, il tire de son dossier un chiffre qui manque et il me donne des nouvelles des inspecteurs que nous avons connus ensemble :
" Vous vous souvenez de Chombier, le petit rouquin qui était si agressif ? Eh bien, il a démissionné et il a ouvert un cabinet. Tous les artistes du show-biz qu'il avait pressurés se sont précipités pour lui demander conseil et, comme il en connaît un bout sur les abus de l'administration, il en fait voir de dures à ses anciens collègues !

Dans le psychodrame du contrôle fiscal, le conseiller du même nom joue le rôle du parent d'élève : il intervient moitié pour faire excuser certaines fautes, moitié pour promettre qu'on ne recommencera pas. Il approuve, il ergote, il détend l'atmosphère avec l'histoire de Boris Vian qui recevait les argousins de la D.G.I. tout nu, ainsi que son épouse, dans un appartement préalablement vidé de ses meubles, de ses tapis et de ses bibelots. Il lâche du lest, il loue la conscience professionnelle des contrôleurs, il verse un pleur sur leur sort matériel peu enviable (cela s'arrangera dans le privé), quitte à se renfrogner pour montrer qu'on va trop loin et qu'il n'est pas d'accord. C'est l'homme du dialogue, des temporisations, des accords amiables. Il n'a pas son pareil pour préconiser, pour reconnaître les petites fautes que l'on n'a pas commises afin qu'on n'ait pas envie de lever un vrai lièvre, plus gros.
L'utilisation régulière ou épisodique d'un conseiller fiscal fait partie de la panoplie. Les tarifs assez élevés pratiqués par les représentants de cette estimable profession sont minimes par rapport aux sommes qu'ils permettent (parfois) d'économiser. Et puis il est toujours possible, lorsqu'on est aux frais réels ou si l'on dispose d'un certain revenu, de soustraire de ce dernier toutes les dépenses engagées pour répondre aux demandes de l'administration. Ainsi l'Etat contribue-t-il à hauteur de 58% au paiement des spécialistes recrutés pour apporter la contradiction à ses représentants.

Ce faisant, j'optais pour la transparence et je ne devais plus jamais exciper d'une dépense qu'une facture ne fût capable de prouver. Pas toujours facile, tant il est vrai qu'on ne saurait s'approprier trop ostensiblement l'addition d'un restaurant où l'on vient de traiter royalement un client avec lequel on désire établir des liens amicaux sans lui rappeler dans quel cadre juridico-fiscal se situent en réalité ces agapes. C'est l'époque où, pour voir enfin naître un sourire sur les lèvres minces de mon contrôleur, j'attrapais toutes les notes de repas qui passaient à portée de ma main, m'arrangeant pour quitter en dernier le wagon-restaurant et raflant tous les justificatifs négligés par les convives qui, eux, bénéficiaient d'un forfait. Une année, je me présentai fièrement au contrôle avec une mallette bourrée de reçus de péage et de factures de stations-service. Mon sixième contrôleur souleva le couvercle puis le referma en proférant, pour la première et la dernière fois, une formule qui me rendit tout penaud :
- Je vous fais confiance !
C'est une constante du comportement des contrôleurs : ils ont le sens du détail, mais du détail qu'ils ont choisi, et ils refusent de se laisser entraîner sur un autre terrain dont ils estiment - souvent à raison - qu'il ne serait pas aussi fructueux puisqu'on le leur propose.

On ne doit jamais oublier non plus que le fait de circuler dans une Rolls-Royce de l'année conduite par un chauffeur est de nature à donner des soupçons à des fonctionnaires tatillons qui ne comprendront pas toujours que, quand on a un gros découvert à la banque, la Rolls est préférable au métro parce que ce dernier ne fait pas crédit.

La complexité des textes qui, chez le plus modeste expert-fiscal, remplissent vingt mètres carrés de bibliothèque, n'arrange pas le sort des contrôlés. D'abord, parce qu'ils ne peuvent pas être tenus au courant de toutes les dispositions qui leur sont favorables, ensuite, parce que certaines interprétations de la loi conduisent à commettre des imprudences. La plupart des contentieux qui ont opposé les vedettes du show-biz au fisc avaient pour origine une trop grande adresse de leurs conseillers. Or la multitude des dispositions contradictoires fait qu'on n'est jamais totalement certain de son bon droit fiscal.

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